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Dette, crise et triple A

Dans une période économique tendue ou certains pays sont en prise avec un risque réel de déficit global, nous avons perdu notre triple A. Alors que les marchés financiers ne montrent pas de recul significatif, ayant déjà digéré l’inévitable, nous connaissons en France une montée médiatique quelque peu amplifiée par un contexte électoral.

Triple A ou AA+, une réelle différence ?

Considérée comme un indicateur important de la santé d’un pays, la notation reste entre les mains d’agences spécialisées qui ont à leur disposition des indices jugés suffisamment pertinents pour établir la note. Au nombre de trois, ces agences restent pourtant en désaccord pour le moment puisque seul Standard and Poor’s a procédé au déclassement alors que Moody’s et Fitch accordent toujours le triple A à la France. Si l’on se penche sur les commentaires internes de notation des agences, on trouve un risque quasi nul pour le Triple A et une très bonne fiabilité de remboursement pour le AA. En équivalence, on parlerait d’un « très bon élève » et d’un « bon élève ». Inutile de dire que les notations sont extrêmement proches, surtout si l’on parle d’un AA+ pour le cas français.

Le déficit français, nouveauté?

La France est devenue déficitaire dans les années 60 et ce déficit ne cesse de grandir. Pour rappel, le déficit français représentait en 1980, 30 milliards de francs, il atteint le seuil de 86,5 milliards d’euros en 2009. La culture de l’endettement touche la quasi-totalité des pays industrialisés, qui investissent massivement dans leurs infrastructures et leurs systèmes sociaux ou éducatifs, bien souvent au-delà de leurs capacités de remboursement. Ceci crée une extrême tension sur les marchés financiers, dont les autorités se doivent de créer des gardes fous et quelques règles d’or, et notamment de limiter le déficit des pays / PIB. Dans un passé proche, on se souvient que Bruxelles avait demandé une réduction massive du déficit de la France pour revenir sous le seuil fatidique des 3% du PIB maximum. Objectif non atteint, car il était encore de 7,1% (soit de 136,5 milliards d’euros) en 2010. Le déficit français n’est donc pas une nouveauté mais les nouvelles règles du « gendarme européen » et des autorités financières nécessitent de vrais ajustements qui, lorsque non appliqués par les états eux-mêmes, le sont par le biais de la sanction notamment des agences de notation. Il est évident que le contexte économique actuel amplifie le processus et l’effet des annonces.

Quelles conséquences ?

Sans sous-estimer l’importance de cette annonce, la question serait plutôt de comprendre comment elle peut gripper les rouages économiques français. Comme souvent en temps de crise, il faut partir des banques pour comprendre. Liées aux Etats, les banques se doivent d’assumer la couverture d’une partie des obligations émises (règle prudentielle européenne), la dette française apparaît donc comme une ligne dans leur bilan. L’incertitude autour de la solvabilité souveraine impacte à la hausse le coût de la dette ; l’Etat emprunte donc plus cher, mais les banques empruntent aussi plus cher sur les marchés financiers pour financer l’Etat…

Le surcoût entraîné auprès des banques va à court terme, d’une manière ou d’une autre, avoir un impact sur les taux d’intérêts aux particuliers et aux entreprises. Ces derniers limiteront leurs investissements, contribueront moins à la création de valeur et à la croissance. Par ailleurs, l’Etat devra compenser le coût croissant de sa dette, en appelant le contribuable à l’aide. Nous risquons un blocage probable de la croissance et de la consommation, à court terme tout du moins…

Quel impact sur le recrutement français ?

Le tissu économique français est composé à 80% de PME et de TPE qui ont souvent besoin d’emprunter pour mettre en forme de nouveaux projets de développement. Certains d’entre eux, à contre cycle ou épargnés par la crise, resteront très actifs en investissement et en recrutement en 2012. Les autres limiteront très certainement leurs investissements et contracteront leurs effectifs pour se stabiliser. De manière générale, on peut penser que les entreprises de tailles moyennes seront amenées à recruter moins, mais mieux. La France possède en plus de ses PME des fleurons de l’industrie et du service. Certes les tensions économiques ne favorisent pas les investissements ni les recrutements, mais il n’est pas question pour eux de prendre du retard sur leur développement face à leurs concurrents, surtout s’ils viennent de pays émergeants comme la chine ou l’inde. Ces acteurs continueront de recruter les meilleurs talents.

Les discussions autour de la dégradation de la note de la France durent depuis quelques temps maintenant et feront encore couler beaucoup d’encre. La sphère financière ayant anticipé de manière prudente ce déclassement, les ajustements ont déjà eu lieu (hausse des taux…). La hausse du coût de la dette aura sans aucun doute un impact sur le crédit et sur la consommation à moyen terme, mais la dynamique des marchés devrait participer à une bonne résistance. Je reste pour ma part persuadé que notre pays arrivera à surmonter cette épreuve comme ce fut le cas par le passé.

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